La crise du crédit aggrave les risques pour les producteurs ruraux.
Par José Zeferino Pedrozo, président de Faesc et Senar/SC
08.12.2025 | 14h08 (UTC-3)
L'agriculture brésilienne se trouve à un tournant décisif. Dans un secteur structurellement vulnérable – exposé au climat, aux taux de change, aux fluctuations du marché, aux épizooties, aux politiques publiques et même aux conflits internationaux – toute instabilité se traduit rapidement en risque. Aujourd'hui, ce risque a atteint des proportions alarmantes. Un climat d'appréhension règne. Le nombre croissant de producteurs ruraux, de toutes tailles, qui ont recours à la réorganisation judiciaire est le signe le plus révélateur d'un profond malaise.
Dans toutes les chaînes de production, sans exception, les coûts de production ont explosé. Les intrants, les semences, l'énergie et la main-d'œuvre, libellés en dollars, sont devenus plus chers partout. Le résultat est dramatique : marges réduites à néant, entreprises non rentables et exploitations déficitaires. Parallèlement, la hausse du taux Selic a alourdi les dettes et fait grimper en flèche le coût du capital, creusant l'endettement et paralysant la capacité de réaction des producteurs.
Le manque de ressources pour le crédit rural est devenu un véritable fléau quotidien pour les campagnes brésiliennes. Les lignes de crédit destinées aux dépenses d'exploitation et aux investissements – censées garantir stabilité, continuité et planification – arrivent en retard, en montant insuffisant, ou n'arrivent tout simplement pas. Cette pénurie de ressources constitue actuellement le principal obstacle au maintien d'une production active et à la prévention d'un effondrement imminent. Le gouvernement fédéral doit impérativement se pencher sur cette question de toute urgence.
Les conséquences de ce déséquilibre ne tarderont pas à se faire sentir. Un accès réduit au crédit entraînera une baisse de la production, des récoltes en diminution, une offre réduite et, inévitablement, une hausse des prix alimentaires pour les consommateurs. Le Brésil a déjà commis cette erreur stratégique par le passé et en a payé le prix fort avec une inflation galopante. La répéter aujourd'hui serait impardonnable.
Ce scénario a pour conséquence une explosion des demandes de réorganisation judiciaire, qui s'élevaient déjà à 2 273 pour la seule année 2024 – soit une hausse de 62 % par rapport à l'année précédente – et qui continuent d'augmenter en 2025. Si la réorganisation judiciaire est un instrument légitime permettant de rééquilibrer les relations entre producteurs et institutions financières, elle ne saurait devenir la norme. Lorsque des milliers d'entrepreneurs agricoles ont recours à ce mécanisme, ce n'est pas seulement leur capacité de paiement qui est en jeu : c'est la politique agricole du pays.
Les phénomènes météorologiques extrêmes, la volatilité des prix des matières premières, le resserrement du crédit et l'instabilité économique ont créé une situation catastrophique. Les producteurs ruraux, garants de la sécurité alimentaire, de la balance commerciale et de l'économie de centaines de municipalités, ne peuvent être laissés à leur propre sort.
Il est de la responsabilité de l'État d'accroître immédiatement le volume des ressources subventionnées pour le crédit rural. Le crédit rural n'est ni une faveur, ni un privilège : c'est une politique publique structurée qui garantit la production, l'approvisionnement et la stabilité économique. Sans lui, il n'y a pas d'agriculture forte, pas de campagnes dynamiques, pas d'avenir.
Le Brésil doit agir avant que la crise ne devienne irréversible. Le secteur agricole lance un appel à l'aide désespéré ; ignorer cet appel compromettrait non seulement la production actuelle, mais aussi l'avenir de toute la nation.
*Par José Zeferino Pedrozo, président de la Fédération de l'agriculture et de l'élevage de l'État de SC (Faesc) et du Service national d'apprentissage rural (Senar/SC)
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