Le respect des réglementations renforce la sécurité juridique dans le secteur des engrais.

Par Irani Gomide Filho, d'Abisolo

25.03.2026 | 16h29 (UTC-3)

La récente publication du décret n° 12.858 de 2026 constitue une avancée majeure dans la modernisation du cadre réglementaire régissant le secteur des engrais au Brésil. Afin d’en saisir toute la portée, il convient de replacer dans son contexte l’évolution réglementaire qui a conduit à son adoption, ainsi que ses effets concrets sur l’industrie, le secteur public et l’ensemble de la chaîne de production agroalimentaire.

Historiquement, la réglementation des engrais au Brésil s'est fondée sur la loi n° 6 894 de 1980. Ce texte législatif, essentiel à la consolidation du secteur, a toutefois nécessité des ajustements au fil des décennies pour s'adapter aux transformations technologiques, productives et institutionnelles qu'a connues l'agriculture brésilienne. En 2004, le décret n° 4 954 a été promulgué afin de modifier cette loi et d'établir des paramètres plus précis concernant l'enregistrement, l'inspection et le contrôle de la qualité des produits.

Ce contexte a connu une évolution plus marquée avec la promulgation de la loi n° 14.515 de 2022, dite loi sur l’autocontrôle. Contrairement aux réglementations précédentes, qui ciblaient des secteurs spécifiques, cette loi a instauré un nouveau modèle de contrôle applicable à divers secteurs relevant du ministère de l’Agriculture et de l’Élevage. Au total, 18 secteurs partagent désormais un même cadre conceptuel en matière de gestion de la qualité, de traçabilité et de responsabilité des acteurs économiques.

L'adoption de ce nouveau paradigme a permis des avancées significatives en matière de modernisation réglementaire et d'harmonisation institutionnelle. Toutefois, elle a également engendré une période de transition marquée par une incertitude juridique, le système réglementaire existant pour les engrais – structuré selon des règles antérieures – présentant des incompatibilités avec la nouvelle logique de surveillance et de contrôle.

Dans ce contexte, le décret n° 12.858 s’impose comme un instrument essentiel d’harmonisation réglementaire. Il complète les ajustements déjà entrepris par des décrets antérieurs, tels que le n° 12.522, qui portait principalement sur les aspects procéduraux. La nouvelle réglementation progresse en actualisant les dispositions relatives aux infractions, aux sanctions et aux peines, et en adaptant les concepts et la terminologie au modèle établi par la loi sur l’autocontrôle.

D'un point de vue pratique, cela ne constitue pas une rupture avec les exigences déjà connues du secteur. L'industrie des engrais a toujours fonctionné selon des normes de qualité rigoureuses, avec des systèmes structurés de contrôle et de suivi des processus. Ainsi, l'apport principal de ce nouveau décret réside dans la consolidation d'un cadre réglementaire plus cohérent et prévisible, capable d'offrir une plus grande sécurité juridique aux entreprises et de renforcer le rôle de supervision de l'État.

Un autre aspect important est que la norme établit des bases plus claires pour la mise en œuvre effective de l'autocontrôle, un concept qui suppose un rôle plus actif des entreprises pour garantir la conformité de leurs produits et processus. Ce modèle, déjà adopté dans d'autres domaines, tend à stimuler les gains d'efficacité, de transparence et de compétitivité, tout en préservant le rôle stratégique du contrôle public.

Il est important de souligner que la publication du décret ne marque pas la fin du processus d'amélioration de la réglementation. De nombreuses dispositions dépendent de précisions apportées par des ordonnances et des instructions normatives émanant du ministère de l'Agriculture lui-même. La phase qui s'ouvre désormais implique une analyse technique approfondie et un dialogue institutionnel entre le gouvernement et le secteur productif, afin de garantir une application harmonieuse et cohérente des nouvelles règles.

On s'attend à ce que tout ajustement soit effectué progressivement et de manière structurée, en préservant les bonnes pratiques déjà établies dans le secteur. En effet, même avant la loi sur l'autorégulation, le secteur des engrais appliquait déjà des exigences élevées en matière de qualité des produits et de conformité réglementaire, ce qui facilite l'adaptation au nouveau modèle.

Dans une perspective plus large, les ajustements réglementaires instaurés par le décret n° 12.858 doivent être interprétés comme s’inscrivant dans un processus d’évolution à long terme. Depuis la publication de la loi sur l’autorégulation en 2022, le secteur attendait des instruments réglementaires capables de traduire ses principes en règles opérationnelles claires. La mesure adoptée constitue donc une avancée institutionnelle attendue de longue date, contribuant à la modernisation du cadre réglementaire et au renforcement de la confiance entre l’industrie, les pouvoirs publics et la société.

En renforçant la sécurité juridique et l'harmonisation des différents instruments juridiques, le nouveau décret crée des conditions plus favorables au développement durable du secteur des engrais. Dans un contexte de demande croissante de productivité agricole, d'innovation technologique et de responsabilité environnementale, la solidité du cadre réglementaire devient un élément stratégique pour garantir la compétitivité et la stabilité des chaînes de production.

Le défi à venir consiste à poursuivre ce processus d'amélioration, en privilégiant l'élaboration de réglementations complémentaires garantissant la clarté opérationnelle et un contrôle efficace. Ce programme exige une coopération technique, une vision systémique et un engagement institutionnel – fondements essentiels à la consolidation d'un environnement réglementaire moderne et sûr, adapté aux besoins de l'agriculture brésilienne contemporaine.

*Par Irani Gomide FilhoCoordonnatrice des affaires réglementaires chez Abisolo

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